vendredi 14 octobre 2011

Qu'est-ce qu'un volontariste?

Le volontarisme est une philosophie social portée par un très haut standard de moralité. Un volontariste base toute sa pensée concernant les relations humaines sur un simple axiome qui est le principe de non-agression. Ce principe implique que tout usage de force, de coercition, de violence contre quelqu'un est moralement condamnable. Je ne peux pas vous contraindre à faire quoi que ce soit sans votre consentement et nous n'avez pas l'autorité moral de m'obliger à faire quelque chose pour vous ou pour quelqu'un d'autre. Chaque individu est libre de sa personne et de ses actions et n'est contraint de quoi que ce soit d'autre que de respecter la liberté d'autrui. Chaque individu est, également, individuellement responsable de ses actions.

Le principe de non-agression s'appuie sur un concept fondamental qu'est celui de la propriété. Ce concept est très, très mal compris par une majorité de gens. Je viens de terminer la lecture de ce livre très intéressant qui peut vous éclairer grandement sur le sujet: Boundaries of order: private property as a social system. C'est ce livre qui a planté le dernier clou du minarchisme pour moi.

Dans cet ouvrage, Shaffer nous apprend ce qu'est la propriété et comment on en détermine le propriétaire. Pour résumé, la propriété est la partie de la nature sous le contrôle d'un être. N'importe quel organisme vivant sur cette planète se doit de contrôler une partie de la nature pour son utilisation exclusive au détriment des autres dans le but de survivre. L'humain n'y échappe pas. C'est un concept ancré dans nos gênes sur quoi est basée la survie. Ce qui détermine qui est propriétaire d'une propriété (concept qui est défini très clairement dans le livre, l'auteur est professeur de droit) est la notion de contrôle. Pour déclarer avoir une propriété, il faut en avoir le contrôle.

Shaffer avance dans son livre que tous les conflits qu'on observe dans nos relations humaines sont, en fait, toujours une violation de nos droits de propriété. Le conflit prend naissance du fait que deux ou plusieurs personnes ne s'entendent pas sur la frontière entre deux propriétés i.e. la partie qui est sous le contrôle de qui. Quand un individu essaie de dépasser la frontière (de ne pas respecter le principe de non-agression), il y a un conflit qui émerge.

Un volontariste juge, basé sur le principe de non-agression, qu'il est totalement immorale de tenter d'imposer un contrôle sur la propriété de quelqu'un d'autre. Notre propre corps, notre vie, notre énergie étant, de par notre état d'être vivant, notre propre propriété, il est totalement immorale que d'autres personnes tentent d'imposer leur propre volonté sur notre vie. Les volontaristes sont pacifiques et toute forme de violence les répugne.

En poursuivant dans cette logique on peut facilement déclarer qu'il est moralement condamnable de tuer (atteinte à ma propriété corporelle), voler ou frauder (atteinte à ma propriété matérielle) ou d'user de violence pour contraindre quelqu'un à notre volonté (atteinte à mon libre arbitre, à la propriété de ma vie). Bien que les trois premiers ne nécessitent pas d'explication, je crois qu'il faut éclaircir le dernier. Je ne peux pas user de violence pour vous contraindre à vous comporter d'une façon qui est contre votre volonté. Pour demeurer pacifique, je dois respecter votre personne, vos choix, vos volontés tant et aussi longtemps qu'ils n'empiètent pas sur ma propriété à moi. Ce que vous faites de votre vie et des produits qui en découlent ne regardent que vous et je n'ai aucun droit quel qu'il soit de décider pour vous quoi en faire.

Êtes-vous d'accord avec moi, jusqu'à maintenant, qu'il est moralement condamnable de tuer, de voler, de frauder et d'user de coercition? Si oui, tant mieux nous pouvons continuer; si non, vous pouvez optimiser votre temps ailleurs sur le Web, il est impossible que vous soyez d'accord avec le reste du texte...

Les volontaristes, comme j'ai dit au départ, sont portés par un très haut standard de moralité. Donc, ce qu'ils considèrent immoral l'est toujours et en toute circonstance. Donc, il est tout aussi immoral qu'un groupe de personne, bien qu'il est l'appuie de la majorité, use de meurtre, de vol, de fraude ou de coercition envers d'autres individus. Vous aurez compris que les volontaristes sont contre toute forme d'organisation qui se donne le pouvoir d'imposer sa volonté aux gens. Les volontaristes sont contre l'état. Pourquoi Paul ne peut pas visiter son voisin et le tuer alors qu'un pays peut déclarer la guerre à un autre et assassiner des dizaines (des centaines, des milliers) de gens? Pourquoi Paul ne peut pas voler de l'argent à son voisin alors que l'état peut collecter des impôts de façon violente (essayez de ne pas payer vos impôts, vous finirez par rencontrer de la violence dans le processus)? Pourquoi Paul ne peut pas contraindre son voisin à lire un livre en particulier alors que l'état peut imposer un apprentissage obligatoire à tout le monde?

Le problème de notre société moderne, bien qu'on essaie de nous convaincre du contraire, est que les droits de propriété ne sont pas du tout respectés et nous observons donc des conflits. L'état se permet de prendre le contrôle de n'importe quel élément de propriété de façon arbitraire et d'en faire ce qu'il veut sous prétexte de répondre aux demandes de la majorité. Admettons qu'on accepte la prémisse pour fin d'argumentaire que l'état répond bien aux demandes de la majorité (bien que la théorie des choix publics nous prouve le contraire), les volontaristes n'acceptent pas le fait qu'un groupe d'individu (la majorité) impose sa volonté à une autre personne (la minorité). C'est moralement mauvais et indéfendable.

Pour vivre dans une société pacifique, on doit nécessairement respecter cette partie de la nature qui est sous le contrôle des autres. Il est dans l'intérêt de tout le monde de le faire ne serait-ce que pour s'assurer que les autres respectent notre propriété à nous. Est-ce parce qu'un loi vous empêche de le faire que vous n'empiétez pas sur le terrain de votre voisin ou bien parce que vous souhaitez qu'il fasse de même de son côté?

Les minarchistes défendent leur vision en expliquant qu'il faut justement une entité neutre et toute puissante pour s'assurer que les droits de propriété sont respectés et c'est pourquoi j'étais minarchiste. Par contre, même si on établi un état ayant ce seul et unique objectif, on se retrouve encore avec le fait qu'un groupe de personne aura le pouvoir d'exercer du contrôle sur la propriété des autres sans leur consentement et donc de créer des conflits. Par ailleurs, même le système étatique de résolution de conflits (la justice) est hors de la portée de la personne moyenne. La très grande majorité des disputes se règlent autrement, à l'amiable, de façon volontaire et spontanée. La simple volonté de pouvoir vivre à l'abri de l'agression des autres nous encourage à respecter les autres. Tout le monde s'assure de régler les conflits du mieux possible dans l'harmonie. D'autres minarchistes se défendent en amenant le besoin de protection contre les agressions. C'est un besoin, je vous l'accorde, mais il peut très bien être répondu par le libre-marché. Nul besoin d'une organisation monopolistique de violence.

Ensuite, le principal point de désaccord face à cette philosophie est celui de la solidarité. Il faut s'occuper des moins chanceux de la société selon plusieurs. Je fais partie de cette majorité, mais je ne crois pas qu'il est justifié d'obliger tout le monde a adhérer à cette pensée. Si on accepte le fait que 75% des gens croient fermement qu'il faut s'occuper de son prochain (j'avance ce chiffre de façon complètement arbitraire, mais je crois que c'est plausible), les organisations/initiatives nécessaires à l'accomplissement de la solidarité verrait le jour de toute façon. Même avec notre état omnipotent, les initiatives privées de solidarité sont monnaie courant dans l'ensemble de la société. Elles seraient juste encore plus présente et probablement de façon encore plus efficace. De plus, 50% des gens qui pratiquent la solidarité de façon volontaire produiraient beaucoup plus de biens que 100% des gens qui le font de façon obligatoire (ça c'est si on considère que 100% des paie des impôts ce qui est on ne peut plus faux...) On a pas besoin d'un monopole de violence pour réaliser ce qu'on considère individuellement important.

Pour une explication approfondie du fonctionnement social sans état, vous pouvez écouter les premiers (1 et 2) podcast de Stefan MolyneuxOn serait beaucoup mieux servi si le pouvoir de contrôle serait réparti à l'ensemble des gens plutôt que dans les mains d'une poignée d'illuminée! Ne serait-ce que pour arrêter les conflits... De plus, ce qui est beau dans l'affaire, c'est que la théorie économique nous prouve qu'on aurait une société encore plus prospère.

mercredi 21 septembre 2011

Human Action: Un résumé, Conclusion

Human Action, ce chef-d'œuvre de Ludwig Von Mises est un ouvrage grouillant de sagesse. J'ai entrepris sa lecture dernièrement et j'en suis presque rendu à son dénouement. Je vous invite dans l'univers de Mises avec ce résumé en six parties. Bien sûr, il appert qu'il m'est impossible de refléter la profondeur de ces écrits de 881 pages (en petit caractères) en quelques lignes, mais j'espère bien parvenir à y faire ressortir l'essentiel. Certains passages sont plus personnels suite à ma compréhension. J'espère que vous apprécierez. Bonne lecture! 


PARTIE 7: LA PLACE DE L'ÉCONOMIE DANS LA SOCIÉTÉ (CONCLUSION DE MISES)

Peu importe la justesse d'une théorie, la condition première pour qu'elle soit appliqué est d'avoir la faveur du public. Dans notre système démocratique, la majorité va toujours imposer sa volonté sur la minorité et si la première n'accorde pas de crédibilité à la théorie économique, aucun gouvernement, aussi convaincu soit-il, ne pourra se soustraire d'intervenir dans le marché, chose qui est voulu par la majorité (historiquement et présentement, du moins).

Un autre problème de la science économique, dans le sens de la praxéologie et non pas dans le sens d'histoire économique i.e. étude de données passées pour comprendre un événement, est que beaucoup de facteurs ont contribué à diminuer son impact.

La théorie économique n'est pas utile à grand monde. Aucun individu, personnellement, n'a d'avantages à en retirer. L'individu agit dans son meilleur intérêt et c'est ce qui compte à ses yeux. De comprendre pourquoi ce fait amène le plus grand bonheur au plus grand monde, ne lui est pas vraiment important. Par contre, l'avancement de cette science a stimulé l'engouement de certaines personnes dans le domaine. Ces personnes, dans leur désir tout naturel d'augmenter leur utilité i.e. leurs revenus, ont trouvé des façons de vendre leur service d'économiste dans la société. Ils sont maintenant en demande pour justifier un paquet de mesure interventionniste et les vendre au grand public ou encore d'orienter les débats à l'avantage de leur employeur. Un groupe X va s'attendre de son économiste que son rapport l'avantage; sinon, il n'achèterait pas ses services. Malheureusement, ces économistes basent leur évaluation sur des données économiques. Ces données viennent du passé, elles font partie de l'histoire et ne sont donc pas garante de l'avenir. Ces économistes, pour protéger leur utilité, ont à travers l'histoire toujours essayé de museler les défenseurs de la théorie économique pure, ceux qui expose leur inutilité justement dans la prédiction du futur. Les historiens économiques ont leur utilité, certes, mais d'essayer d'orienter l'économie vers une direction déterminée est chose impossible.

L'économie ne doit pas être réservée à un cercle d'initié, aux universitaires, à l'élite. C'est la philosophie de la vie humaine et des actions et elle concerne tout et tout le monde. C'est la base de la civilisation humaine et de son existence. Malheureusement, on a réussi à travers l'histoire à nous faire croire le contraire et à nous désintéresser de la question, nous convainquant que c'est hors de notre portée. Ce faisant, on érode toujours la base de la société basée sur la division du travail, notre liberté. On se doit de renverser la vapeur, car si on continue de refuser d'accepter les lois qui régissent notre société, on court à notre propre perte.


MA CONCLUSION

Quand je me suis lancé dans l'aventure de résumer l'œuvre de Ludwig Von Mises, je ne voyais pas la tâche trop ardue. Mal m'en prit, car de communiquer la profondeur de ses écrits s'est avéré, pour moi, un travail quand même respectable et je n'ai absolument pas la prétention d'avoir réussi aussi bien que je le voulais. Mon cheminement dans l'économie autrichienne a commencé en 2008 via le libertarianisme. J'ai alors pu mettre un nom sur un sentiment qui m'animait depuis fort longtemps, mais dont je manquais de connaissances pour bien structure ma pensée. Quiconque s'aventure dans cette école économique finit, tôt ou tard, par entendre parler de Ludwig Von Mises et de son œuvre phare Human Action. Il me fallait donc lire ce livre. C'est une belle brique, il faut le dire. Bien des gens ne s'aventurent pas dans un roman si long, alors de parcourir un traité sur l'économie d'une telle ampleur demande beaucoup de temps, mais je ne le regrette pas.

Ce qui m'a toujours renversé depuis que je défends la liberté est à quel point cette philosophie, surtout le côté économique, est mal comprise. Nos détracteurs nous accusent de vouloir accentuer les maux qu'ils croient inhérents au capitalisme, alors qu'en fait ils exposent des problèmes de l'interventionnisme. Même quand on leur explique cet état de fait et que l'oreille nous écoute, on arrive très souvent un refus de nous croire pour une raison qui m'est inconnu. Peut-être un mécanisme de défense de voir qu'on se fait bullshiter depuis le berceau? Néanmoins, je continue tant que je peux à prêcher la bonne nouvelle. Aussi souvent que quelqu'un veut bien m'écouter en fait, mais c'est plutôt rare. Les gens préfèrent les Star-Académie, les Harry Potter, les U2 et le Canadien. Ils ont parfaitement le droit de s'intéresser à ce qu'ils veulent, c'est leur vie, mais je veux tout simplement dire que l'économie et la liberté n'intéresse pas grand monde. On se fie donc à l'opinion des "spécialistes" pour forger notre pensée et à la majorité qui nous entoure. En plus, quand une décision de l'état nous révolte, on l'oublie après deux mois.

La plupart des gens sont bien intentionnés et veulent réellement améliorer le sort du plus grand nombre. Quand 95% des discours nous disent que c'est par l'état que les problèmes se règlent, il est difficile de penser le contraire, à moins d'y mettre le temps nécessaire à s'informer. Aussi rationnel nos explications peuvent être, on ne fait partie que du 5% et les gens se sentent plus à l'aise dans leur relation sociale de faire partie du 95%. C'est un réflexe normal. De toute façon je les comprends. Pourquoi, moi, un simple informaticien, je peux avoir raison sur un paquet de spécialistes qui disent le contraire? Je ne dis pas que j'ai raison, je ne crois pas que quelqu'un peut prétendre détenir la vérité, mais je n'arrive pas à trouver de meilleures explications que ceux fournit par les Autrichiens.

Donc, la lecture de ce livre a véritablement renforcé ma compréhension de l'économie et c'est pourquoi j'ai décidé de la partager aux gens qui n'ont pas le goût ni le temps de s'aventurer dans sa lecture. Si vous avez de l'intérêt à le faire, je vous encourage fortement, car j'ai peut-être réussi à exposer 10% de la matière du livre, sans plus. J'invite aussi les étatiques à le lire. Si, après sa lecture, vous continuez à penser que le libre-marché n'est pas la solution aux maux que vous essayer de combattre, je serai très intéressé à comprendre votre point de vue. Le problème, par contre, c'est que ce livre m'a amené beaucoup de nouvelles questions. J'ai déjà hâte de lire sur ces nouveaux sujets et spécialement sur la théorie des choix publics éventuellement.

J'espère que vous avez apprécié cette série de billets. Je me lance maintenant dans ce livre. J'en ferai peut-être un résumé s'il est intéressant! - Ajout (Je l'ai presque terminé maintenant et vous aurez un résumé c'est certain. Ce livre a accentué mon penchant pour le volontarisme...)

Vos commentaires sont appréciés!

Bonne nuit tout le monde!

lundi 19 septembre 2011

Human Action: Un résumé, Partie 5 & 6

Human Action, ce chef-d'œuvre de Ludwig Von Mises est un ouvrage grouillant de sagesse. J'ai entrepris sa lecture dernièrement et j'en suis presque rendu à son dénouement. Je vous invite dans l'univers de Mises avec ce résumé en six parties. Bien sûr, il appert qu'il m'est impossible de refléter la profondeur de ces écrits de 881 pages (en petit caractères) en quelques lignes, mais j'espère bien parvenir à y faire ressortir l'essentiel. Certains passages sont plus personnels suite à ma compréhension. J'espère que vous apprécierez. Bonne lecture! 


PARTIE 5: LA COOPÉRATION SOCIALE SANS LE MARCHÉ

Jusqu'ici dans mon résumé, je n'ai jamais vraiment mentionné ce point qui est pourtant un élément récurant dans l'ouvrage de Mises. Malheureusement, j'ai dû couper des parties, car autrement mon résumé n'en aurait plus été un. Il revient constamment sur les problèmes du socialisme. Selon sa thèse, il n'y a que deux systèmes sociaux possible. La propriété privée des facteurs de production ou la propriété publique des facteurs de production. On a un marché d'échange mutuel qui dirige la production ou on impose une structure de production par obligation étatique. La voie centrale, celle de l'interventionnisme dans un marché vient à la prochaine partie, mais elle demeure dans le champ d'un marché.

Mises avance qu'une société socialiste est irréalisable comme système social parce qu'elle ne peut pas utiliser le calcul économique (partie 3). Nous avons vu que le marché, en ayant le prix comme principale source d'informations, oriente les facteurs de production dans la combinaison la plus efficiente possible dans l'objectif de répondre aux besoins les plus urgents des consommateurs. Le prix reflète les jugements de valeur de tous les individus de la société par leur pouvoir d'acheter ou d'obtention d'acheter. Ainsi, le prix indique la valeur accordée aux différents processus de production.

Dans un monde socialiste, la seule personne qui exprime un jugement de valeur est le Führer (Mises revient souvent sur l'Allemagne socialiste de l'avant WWII). L'ensemble de la structure de production est déterminée par les décisions du dirigeant  (toujours basés sur une décision humaine i.e. fondée sur un jugement de valeur). Si on accepte, pour fin d'argumentation, que le jugement de valeur du dirigeant est sans faille et que ses décisions sont vraiment les meilleures quant à ce qui doit être produit et en quel quantité de façon à répondre aux besoins les plus urgents de toute la population, on ne peut pas atteindre l'efficience d'un marché de par le simple fait qu'on a pas l'indice de prix pour nous éclairer sur la meilleure façon de réaliser la production. Le prix est un phénomène du marché. Même si on mettait un prix arbitraire sur l'ensemble des produits, rien ne garantie que c'est le bon prix et qu'il reflète bien les désirs des consommateurs, car ces derniers n'ont pas la liberté d'orienter la structure de production à leur désir. Donc, même si on fixe la quantité de maison à fabriquer très justement à 1000 unités par année, comment peut-on les fabriquer en utilisant le plus efficacement possible les facteurs de production disponible sans l'indice des prix? Comment évaluer la valeur des moyens dans l'atteinte de la fin et de savoir si la fin vaut les moyens si on ne peut pas fixer la valeur de façon claire et défini?

Quelques méthodes ont déjà été avancé pour contrer le problème et Mises nous démontre pourquoi elles ne sont pas applicables dans le concret. Si ça vous intéresse, lisez les pages 699 à 711 du livre. Je ne m'attarderai pas sur le sujet, car je doute fort qu'un partisan du socialisme pur soit en train de lire ce texte.


PARTIE 6: LE MARCHÉ ENTRAVÉ 

Le gouvernement et le marché

Comme la façon la plus efficace de permettre au maximum de gens de répondre à un maximum de besoin est la division du travail basé sur l'échange volontaire i.e. le marché, un gouvernement  se doit de s'assurer que les fondations d'un tel système sont protégé soit de protéger les gens contre la coercition, la fraude et les agressions. Le seul but d'un gouvernement doit être de protéger le système de collaboration volontaire contre ceux qui voudraient mettre du sable dans l'engrenage.

Certains exigent d'un gouvernement qu'il prenne d'autres actions pour régler certains problèmes qu'ils croient inhérents au libre-marché. La question que l'économique doit soulever n'est pas de savoir si ces interventions sont justifiées, mais de savoir si les actions parviennent aux fins escomptées. De cet angle, l'analyse est exempte de jugement de valeur. L'état, par son intervention, cherche le but X. L'économique se doit de déterminer si les actions arrivent au résultat ou non.

J'ai cherché longtemps comment vous présenter cette partie de l'œuvre de Mises, mais mon problème est qu'en fait, Mises l'a étendu à l'ensemble du livre. Je n'en ai fait pratiquement aucune mention dans les autres parties, résumé oblige. Je préférais me concentrer sur le fonctionnement du marché, car je pense que cette partie est très mal comprise. Je tenterais donc d'exposer l'essentiel de la section, mais sachez qu'elle est beaucoup, beaucoup plus riche dans l'ouvrage. De toute façon, en comprenant mieux le marché, le lecteur peut lui même comprendre certaines erreurs de l'étatisme.


Interférence dans la structure des prix

Une des interventions très répandues est celle du contrôle des prix. Soit on fixe un prix plafond ou un plancher. Bien sûr on peut établir un prix fixe, mais c'est la même logique qu'un prix plafond/plancher dépendamment s'il est au dessous ou au dessus du prix d'équilibre d'un libre-marché.

Quand l'état impose un prix plafond, son but est de faciliter l'accès à des produits dits "essentiels" à l'ensemble des consommateurs et plus précisément des moins fortunés. C'est le cas notamment des prix plafond visant le logement. Le gouvernement le fait pour éviter des hausses trop drastiques aux gens moins fortunés. En imposant un prix plafond, le prix du logement se trouve en deçà du prix qu'il atteindrait dans un marché sans entrave (sinon à quoi bon un prix plafond?). De ce fait, les ressources qui seraient normalement réservées par le marché à l'offre de logement sont dirigées vers d'autres secteurs de l'économie, car le prix trop bas rend cette activité moins rentable que le même capital investi dans un secteur où le prix peut atteindre celui d'équilibre i.e. où l'investissement en capital atteint le seuil où la satisfaction des consommateurs est la plus grande. Donc, le prix plafond limite l'offre de logement. La même quantité de consommateurs doit maintenant se battre pour un nombre de logement restreint qui ne suffit pas à répondre aux besoins les plus urgents de tous les consommateurs. Au plus fort la poche. Les laisser pour compte sont perdants. Ces derniers vont sûrement vous dire qu'ils préféreraient un logement plus cher plutôt que pas de logement du tout.

Du côté du prix planché, prenons comme exemple le salaire minimum. C'est un prix minimum fixé par la loi du facteur de production travail. Le but avoué d'une telle mesure est d'améliorer la condition des travailleurs. Comme vu dans le billet précédent, la meilleure façon d'améliorer la condition des travailleurs est d'encourager l'accumulation de capital pour augmenter la productivité du travail et donc des salaires. Même si, pour fin d'argumentations, on accepte la prémisse que la façon d'améliorer le sort des travailleurs est d'augmenter le salaire minimum, la conséquence de la mesure n'est pas le but visé par les autorités. En effet, en augmentant le salaire minimum on empêche les entreprises d'embaucher des travailleurs pour réaliser un travail dont la valeur est moindre que le salaire minimum. On empêche celui qui est prêt à travailler pour moins de se trouver un travail. De plus, l'entreprise qui désire augmenter sa capacité de production et qui, selon son capital actuel, pourrait le faire de la façon la plus efficace en embauchant des travailleurs se voient plutôt contrainte d'accumuler encore plus de capital. Ce capital doit être retiré de secteur qui servirait mieux les consommateurs au profit de la ligne actuel où la façon la plus efficace de faire aurait dû être d'acquérir du travail. Donc, le salaire minimum crée du chômage, car il empêche les emplois moins productifs d'être comblés et il retire du capital productif de certains secteurs de l'économie où il serait le bienvenue. Bien sûr, les chanceux qui ont trouvé un travail vont vous dire qu'ils sont très content. Ce qu'ils omettent de constater, c'est que si leur emploi est payé au salaire minimum X, c'est que la valeur de leur travail est de X; sinon, leur emploi n'existerait pas. Donc, la seule chose que fait un salaire minimum est d'empêcher ceux qui sont prêt à travailler pour moins de se trouver un emploi.

De plus, on remarque que les deux mesures viennent empêcher l'efficience dans l'utilisation des facteurs de productions. Donc, le marché est moins efficace qu'il ne le serait et crée donc moins de richesses. Comme on crée moins de richesse, on améliore notre condition plus lentement. Qui sont les gens les plus touchés par le ralentissement de l'amélioration des conditions? Les plus pauvres, car ce sont eux qui gagnent le plus à l'enrichissement. C'est lorsque les réfrigérateurs ont été produit à très grande échelle que les pauvres ont pu en acheter. C'est grâce à une allocation efficace des ressources que les coûts de production ont pu descendre. Au départ, les riches pouvaient se payer un frigo. L'amélioration de la productivité a servi les plus pauvres, leur permettant d'en avoir un. D'empêcher cette bonne allocation n'aurait fait que priver les pauvres de la jouissance de cet équipement très, très pratique.

La manipulation du crédit et le monnaie

Bien que j'aie déjà abordé le sujet dans la section de la monnaie, il est important de revenir sur quelques précisions. L'interventionnisme de l'état sur la monnaie est, au départ, encore une tentative de l'état de corriger des problèmes que la population perçoit du capitalisme. Perçoit est approprié, car c'est par une mauvaise compréhension du marché que l'état se "doit" d'intervenir. L'état, dans son intervention, pense agir dans l'intérêt de la protection des bases de fonctionnement du marché. Un des problèmes aussi vient du fait que les gens, dans leur calcul économique, se limite généralement aux chiffres nominaux et non pas relatif. Premièrement parce que c'est beaucoup plus facile et plus simple et que, deuxièmement, le réflexe normal est de croire que si on gagne 11$ au lieu de 10$, on est plus riche. Cette pensée s'est généralisée dans l'ensemble de la population. Nous sommes maintenant devant l'état de fait que les gens veulent augmenter leur revenu de façon nominale.

Historiquement, en majorité, l'état a toujours utilisé une politique de dévaluation de la monnaie (inflation). Les objectifs de cette dévaluation sont:
  • Permettre une augmentation nominale des salaires ou empêcher leur diminution même si le marché existe une diminution réelle (relative) des salaires. Si le salaire augmente de 1% et que l'inflation est de 2%, le salaire diminue même si on perçoit le contraire.
  • Permettre une augmentation du prix des produits. Le marchand se croit plus riche.
  • Pour favoriser l'emprunteur sur le prêteur. Si l'argent vaut moins cher dans le futur, le gagnant est celui qui doit de l'argent. Ce point est essentiel surtout dès que les états ont compris qu'ils pouvaient financer des promesses électorales de cette façon. De la "nouvelle" argent est toujours créée et l'accumulation de dette pèse moins lourd.
  • Pour encourager les exportations et diminuer les importations. Si notre argent vaut moins cher, on peut moins acheter, mais plus vendre à une autre monnaie.
  • Pour attirer les touristes et décourager les citoyens d'aller dépenser ailleurs
Encore aujourd'hui, les travailleurs veulent une augmentation de salaire nominal quitte à toujours payer plus cher pour les produits. Le gouvernement se doit donc de continuer une bulle inflationniste pour satisfaire la population. En plus, on n'essaie pas de renverser la spirale, car les politiciens y voient une belle source de financement pour leurs promesses et leur réélection. Au départ du processus, cette ambition expansionniste a surtout servi à financer des guerres (la dévaluation de la monnaie a contribué à la chute de l'empire romain), mais aujourd'hui c'est surtout qu'on tourne en rond dans la spirale et qu'on l'utilise pour éloigner les conséquences de cette même manipulation (voir cycle économique). J'ai expliqué les conséquences de l'inflation et de la déflation dans la section sur la monnaie, je ne reviendrai donc pas là-dessus. Rappelons-nous seulement que l'inflation contribue à la consommation (ou ralentissement de l'accumulation) de capital i.e. ralenti l'amélioration de notre condition et qu'elle décourage l'épargne.

Ce qu'on remarque c'est que, au lieu de protéger le système d'enrichissement collectif, ça cause un appauvrissement ou un ralentissement de l'enrichissement ce qui n'est pas souhaitable pour personne.

Confiscation et redistribution

Cette façon de faire est basée sur la fausse croyance que les riches le sont au dépend des pauvres. Le riche empêche le pauvre d'avoir une partie de la richesse. Ce serait le cas dans une économie stagnante où la richesse n'est plus créée, mais est distribué. Dans ce cas, la redistribution serait une bonne chose. Par contre, notre économie en est une qui évolue, qui progresse. Il y a 200 ans, il n'y avait pas d'avions, d'Iphone, de réfrigérateur. Aujourd'hui, oui. On s'enrichit, on avance. Donc, qu'un riche soit riche n'empêche en rien le pauvre de s'enrichir. J'y reviendrai plus loin. Ce qu'il faut retenir par contre, c'est que si les riches savent qu'ils se feront confisquer une partie de leur avoir et qu'ils risquent de s'en faire confisquer encore plus dans le futur, ils vont avoir moins tendeance à accumuler de la richesse i.e. du capital et vont plutôt le consommer. C'est alors une perte pour l'économie.

L'état, en utilisant cet outil espère rediriger la richesse des riches aux pauvres, mais ce qu'elle réussit par dessus tout est de ralentir l'accumulation de richesse et donc de ralentir l'amélioration de la condition des pauvres.

Le syndicalisme

Le but du syndicalisme est de modifier le rapport de force entre employeurs/employés à l'avantage du travailleur. Le principe est noble en soi, mais ces répercussions sur l'économie n'atteignent pas le but recherché. Si le syndicat fait des gains qui ne se serait pas produit sous un libre-marché, on assiste à une mauvaise allocation des ressources vers des secteurs moins désirable. Les gains vont nécessairement augmenter les coûts de production ou diminuer la quantité produite. D'une façon ou d'une autre, la structure de production s'avère ne pas être aussi efficace dans la satisfaction des besoins qu'elle le serait normalement.

Le syndicalisme vise l'amélioration du sort des travailleurs sous son aile. Malheureusement ça se fait au détriment des autres. Comme plus de capital doit être investi dans la production syndiqué (plus cher), on retire du capital à d'autres secteurs où il aurait satisfait des besoins plus urgent. Si ce n'était pas le cas, les conditions de travail seraient par défaut au niveau imposé par le syndicat. Donc, les autres secteurs doivent se contenter d'un capital réduit par rapport à ce qu'il serait. Le résultat est que certains sont avantagés au détriment de d'autres et qu'on empêche la structure de production d'atteindre l'efficience dans la satisfaction des désirs des consommateurs.

L'économique de la guerre

Je ne mettrai pas trop d'emphase là-dessus, car je doute fort que beaucoup de gens soit pour la guerre. Disons simplement qu'elles sont causées parce que les états veulent prendre le contrôle sur des ressources extérieures. Si l'état n'imposait de barrières au commerce à la base, ces croisades ne seraient pas nécessaires. La guerre n'est que la conséquence de l'étatisme.

Intervention contre marché

Le problème avec l'interventionnisme est que ses défenseurs blâment des maux qu'ils croient inhérents au capitalisme alors qu'ils sont causés par ce même interventionnisme et par une mauvaise compréhension des mécanismes du marché. Les actions gouvernementales, on l'a vu, n'atteigne pas les fins escomptés. En fait, elle empire le problème réclamant encore plus d'interventions. Bien sûr que le bien maximal pour le maximum de gens est souhaitable, mais ce n'est pas l'interventionnisme qui peut y parvenir, mais le marché.

Sur la pauvreté

La pauvreté est bien relative. Nos conditions modernes, même pour nos pauvres, dépassent largement les conditions, même pour les riches, qui prévalaient il y a quelques décennies. Ce fait s'explique parce que les processus du marché ont permis l'accumulation de toujours plus de capital i.e. épargne. L'interventionnisme, tel que démontré, vient ralentir ce processus d'enrichissement. Donc, si on accepte le principe de pauvreté malgré qu'on est mieux qu'avant, on doit pointer du doigt les mécanismes qui ralentissent l'accumulation de capital et non pas le marché.

Sur les inégalités

Les inégalités sont inhérentes au marché. Nous avons vu que les entrepreneurs et les capitalistes sont ceux qui permettent de toujours augmenter l'efficacité de nos pratiques en réorganisant la structure de production pour la satisfaction des besoins les plus urgents et l'accumulation continue de capital. Ceux qui réussissent le mieux dans cette aventure sont ceux qui s'enrichissent le plus. De priver ces personnes de ce bénéfice c'est de les démotiver dans leurs activités. S'en suit une diminution des avantages liés à leur succès dans ces activités.

Sur l'insécurité

L'intervention est réclamée pour nous assurer une sécurité. On veut avoir l'assurance de ne pas mourir de faim en cas de pépin. Encore ici c'est noble, mais dans un monde où notre richesse augmente sans cesse, chaque journée qui passe n'est-elle pas une sécurité de plus? Ce point fait souvent référence au chômeur. Il faut s'assurer de donner un salaire au chômeur le temps qu'il se trouve un nouveau travail. On peut accepter cette prémisse, mais comme démontré précédemment, il faut se questionner plutôt sur la source de ce chômage.

Sur la justice sociale

Qu'est-ce qui est plus juste? Que tout le monde obéisse aux mêmes règles du jeu ou bien qu'un puisse imposer sa volonté sur un autre dans le déroulement de la partie?
  
(Pensée bien personnelle) Bien sûr, il faut s'occuper de ceux qui ne peuvent pas fournir de travail. Il faut s'occuper de nos proches. Il faut s'assurer de conserver le tissu social afin de toujours parfaire notre société basée sur la division du travail. C'est ici un jugement de valeur que la majorité supporte. Pourquoi alors donner cette responsabilité à l'état. Occupons-nous des autres nous même, car quand on passe par l'état, le résultat n'est que très rarement celui escompté. Mises ne fait pas mention de ce point dans son livre, car il s'abstient de tout jugement de valeur dans son ouvrage. Il ne fait que démontrer les mécanismes du marché.

La crise de l'interventionnisme

Comme l'interventionnisme ne comblent pas les attentes, car les conséquences diffèrent des ambitions, toujours plus d'intervention est nécessaire. La preuve moderne se trouve au niveau des dépenses du gouvernement qui augmente d'année en année. Plus on confisque les avoirs des plus riches pour donner au plus pauvres et plus les payeurs d'impôt les moins riches ont besoin de cette même aide.

De plus, je viens de me rappeler un point mentionné à quelque part dans cette partie qui est très pertinent. Dans son interventionnisme, l'état s'endette. Les preuves le démontrent. Ces dettes sont financées par les investisseurs qui achètent les titres du gouvernement. Ces investisseurs sont très souvent des fonds commun de placement et autres produits d'épargne utilisés par la masse. Le gouvernement dépense en majorité sur des choses courantes. Des dépenses d'épicerie. Donc, l'épargne, fondé sur les préférences temporelles des gens, qui devraient être investi dans l'augmentation de la productivité, se trouve à être plutôt consommé immédiatement. On perturbe, encore, le processus d'accumulation du capital au détriment du futur pour deux raisons. Premièrement, l'accumulation de capital est toujours rentable dans le futur; deuxièmement, ces dettes du gouvernement doivent être remboursées également dans le futur.

Finalement, l'interventionnisme doit se terminer par du socialisme pur, car ultimement vient le moment où il n'y a plus de taxes à prélever. On ne peut prévoir qui va gagner, mais Mises termine cette section avec ces trois déclarations:

  1. On ne peut pas prévoir qui va gagner et on ne peut pas non plus prétendre que le choix sera le meilleur ni qu'on ne reviendra pas en arrière. Personne ne connait le futur.
  2. On doit choisir entre le marché et le socialisme. On ne peut pas choisir une voie centrale, cette dernière est intenable à long terme.
  3. En abolissant le calcul économique, le socialisme va résulter au chaos et détruire la coopération basée sur la division du travail.

Le prochain et dernier billet se veut la conclusion. Je vais résumer celle de Mises et y aller avec mes commentaires sur mon résumé. À mercredi le 21 à 18 hrs EDT.

jeudi 15 septembre 2011

Human Action: Un résumé, Partie 4.2

Human Action, ce chef-d'œuvre de Ludwig Von Mises est un ouvrage grouillant de sagesse. J'ai entrepris sa lecture dernièrement et j'en suis presque rendu à son dénouement. Je vous invite dans l'univers de Mises avec ce résumé en six parties. Bien sûr, il appert qu'il m'est impossible de refléter la profondeur de ces écrits de 881 pages (en petit caractères) en quelques lignes, mais j'espère bien parvenir à y faire ressortir l'essentiel. Certains passages sont plus personnels suite à ma compréhension. J'espère que vous apprécierez. Bonne lecture! 


PARTIE 4: LA CATALLAXIE OU L'ÉCONOMIQUE D'UNE SOCIÉTÉ DE MARCHÉ

On continue donc dans cette section qui traite des lois du marché en tant que tel.

L'action dans le passage du temps

J'ai touché le sujet des préférences temporelles dans un billet précédent. On entend par préférences temporelles la préférence que les gens ont par rapport à une jouissance tout de suite contre une jouissance plus grande dans le futur. Il faut bien sûr que la jouissance soit plus grande dans le futur, car sinon pourquoi attendre et se priver d'un plaisir maintenant plutôt que plus tard. Les gens, en reportant leur jouissance à plus tard, accumule donc du capital. Si on se refuse un produit aujourd'hui c'est dans le but de pouvoir l'utiliser à bon escient pour obtenir plus dans le futur. Ce produit qu'on utilise pour produire autre chose est du capital. Plus on accumule de capital, plus notre capacité à produire augmente. C'est en se privant aujourd'hui qu'on arrive à avoir plus, plus tard. Prenons un exemple, Bob est sur une île. Il est capable, en une journée, de pêcher un poisson et cueillir une pomme pour combler sa fin. Il n'a pas de temps pour faire autre chose. Il décide de se priver pendant 2 jours. La première journée il va manger que le poisson et le lendemain, la pomme. Il vient donc d'épargner une journée de travail qu'il peut utiliser à autre chose. Il utilise cette journée pour se fabriquer un outil de pêche qui lui permet de pêcher deux poissons par jour. Il a dû se priver pendant deux jours, mais ça lui a permis d'être plus efficace pour la pêche. Donc, dorénavant il n'utilise que 50% de son temps pour se nourrir. L'autre 50% peut être utilisé à autre chose. Se construire un abri, par exemple. S'il continue le processus, il améliorera toujours sa condition. 

L'accumulation de capital implique une capacité de production supérieure à la consommation. Tant et aussi longtemps que c'est le cas, on accumule du capital et on augmente la productivité du travail. On y revient plus loin. Dès que les données du marché font qu'on consomme plus qu'on produit, on observe une consommation du capital, la réduction de celui-ci. Donc, on crée une régression économique plutôt qu'une progression. Comme l'humain cherche à constamment améliorer sa situation, la tendance est le plus souvent à l'accumulation. Il faut mentionner également que, dans un marché sans entrave, le capital sera toujours dirigé vers les activités qui répondent le plus efficacement aux besoins des consommateurs, car c'est de cette façon que le capitaliste peut espérer retirer le maximum d'intérêt de son investissement. Son capital étant plus en demande que dans d'autres secteurs économiques. Pour accumuler du capital, l'homme a recourt au calcul économique, car c'est avec cet outil qu'il peut évaluer la valeur d'une consommation immédiate ou futur. 

De plus, il est important que l'acteur soit en mesure de récolter toutes les fruits de sa privation. Par exemple, si le coût de la privation repose sur un homme seul et que les bénéfices sont répartis à plusieurs personnes, l'acteur va être moins porté à la privation, car ses bénéfices personnels sont moins grands. À l'inverse, si le coût est minime, car réparti sur un groupe, et que le bénéfice est personnel, le groupe ne sera pas tenté à se priver, car il n'est retire rien. Les bénéfices s'en trouvent donc réduit. Si on se trouve dans le cas extrême où les coûts et les bénéfices sont répartis au groupe en entier, on se retrouve dans une situation où chacun essaie de retirer le maximum en se privant du minimum. Arrive les conflits, car chacun peut se permettre d'imposer sa volonté à son voisin. On vient de nuire aux processus inhérents à la division du travail et à l'échange volontaire.

Le taux d'intérêt

Le taux d'intérêt se divise en trois parties. Le taux originaire (originary interest), le profit entrepreneurial et le supplément de prix. Ces trois taux se mesurent à l'aide la monnaie, car notre société est basée sur l'échange à l'aide la monnaie. On calcule en monnaie la valeur qu'on accorde aux différents composants du taux d'intérêt.

Le taux originaire est la valeur de la préférence temporelle des gens. Autrement dit, c'est le niveau désiré d'augmentation du bonheur futur contre le bonheur actuel. Pour que Jean se prive de consommation immédiate, il faut qu'il est quelque chose de plus dans le futur. Ce plus est le taux d'intérêt originaire. Ce taux est déterminé par le marché selon les actions des acteurs. Ces actions reposent sur des jugements de valeur des individus et sont donc difficilement prévisible. Le marché fixe le taux selon la loi de l'offre et la demande de capital.

Comme d'accumuler du capital comporte sa part de risque, car on ne sait pas si nos prévisions sur le futur seront exact, le taux d'intérêt comporte une partie de profit entrepreneurial. On encaisse un profit sur notre épargne si notre vision était juste et on encaisse une perte si elle était erronée. Le niveau de ce profit est déterminé par le niveau de risque appréhendé de l'activité d'épargne et vient s'ajouter au taux originaire.

Viens ensuite le supplément de prix. Il peut être négatif ou positif. Le supplément de prix s'explique par la variation des prix dans le temps. Comme nous l'avons vu précédemment, il existe dans le marché des phénomènes d'inflations et de déflations causé par le changement du pouvoir d'achat de la monnaie. Si on prévoit de l'inflation dans le futur, nous exigerons un taux d'intérêt supérieur sur notre épargne, car la valeur de cette accumulation de capital diminuera avec le temps. On veut être compensé pour cette perte, en plus de la perte de jouissance. Si on prévoit de la déflation, le supplément de prix de trouvera à être négatif, car le simple fait d'épargner augmente la valeur de ce capital dans le temps.

La somme de ces trois taux nous donne le taux d'intérêt qu'on retrouve sur le marché pour obtenir du capital. Comme pour tout le reste, le marché tend vers l'équilibre sans toutefois l'atteindre à cause des changements constants dans l'environnement. Ce taux équilibre l'offre de crédit et la demande de crédit. Il est très difficile, voir impossible de savoir à quel taux se situe les différentes composantes. On connait seulement le taux final où le désir des prêteurs et des emprunteurs coïncide. Un bas taux signifie que les gens sont portés vers l'épargne. Un faible gain leur suffit à reporter leur consommation à plus tard. Un haut taux signifie que les gens sont portés vers la consommation. Ça leur prend un plus grand gain pour se priver maintenant.

L'intérêt, l'expansion monétaire et les cycles économiques

Le marché du capital se matérialise dans notre société par le marché du crédit. Même si quelqu'un épargne pour lui-même et utilise son propre capital pour améliorer sa productivité c'est qu'il considère que le bénéfice est supérieur que s'il prêtait ce capital à quelqu'un d'autre. Donc, sa décision est influencée, de toute façon, par le marché du crédit. Donc, c'est par celui-ci qu'on commence le cheminement qui explique le comportement du marché face à l'inflation et la déflation.

Dans un marché inflationniste, le taux d'intérêt devrait être plus élevé que dans un marché neutre (sans inflation/déflation). Ça s'explique en grande partie par le supplément de prix du taux d'intérêt qui est plus élevé. Donc si, dans un marché libre de toute entrave, on prévoit une courbe inflationniste dans le futur, le taux d'intérêt sur un prêt sera plus élevé que si on ne prévoit pas de changement dans la valeur de la monnaie. Ainsi, le marché continue de répondre aux besoins le plus urgent des consommateurs en tenant compte de leur jugement de valeur, incluant leurs préférences temporelles. À l'inverse, une prévision déflationniste fera baisser le taux d'intérêt, car le supplément de prix baisse entraînant le taux d'intérêt avec lui.

Une des choses qui peut entraîner de l'inflation/déflation est un changement dans la quantité de monnaie. L'utilisation d'une monnaie fiduciaire, qui peut être créé ex nihilo, peut amplifier le phénomène, car on est plus limité par quelque chose de physique comme l'extraction de l'or dans une mine. Comme le changement dans le pouvoir d'achat de la monnaie ne se fait pas sentir de façon simultanée dans l'ensemble du marché et que la création ou destruction de monnaie ne peut être fait, en toute fin pratique, que par les banques centrales ou commerciales, le premier secteur à ressentir les effets est le marché du crédit. Je vais parler d'une addition dans la quantité de monnaie pour représenter le phénomène, mais le principe inverse peut s'appliquer pour la destruction.

En augmentant la quantité de monnaie, le marché du crédit y voit l'augmentation de la quantité d'épargne, car personne ne voit la différence entre la vraie épargne (la privation d'une jouissance immédiate) à la fausse épargne. De plus, les prêteurs vont s'empresser de profiter de l'opportunité de profit relative à cette nouvelle épargne avant que les répercussions du changement de valeur de la monnaie est terminées de faire leur travail dans l'économie. Ainsi, comme l'offre de crédit augmente, le taux d'intérêt descend. La demande de prêt augmente jusqu'à l'équilibre. Comme une partie de cette épargne est fausse (pas basée sur une privation), on n'utilise pas une partie du surplus de production sur la consommation, mais on consomme une partie du capital déjà accumulé. En plus, ceux qui ont contractés des prêts, les premiers intervenants dans le marché suite à la création de monnaie, font augmenter le prix des produits qu'ils acquièrent produisant des pertes dans d'autres secteurs où l'activité était plus profitable i.e. servait le mieux les consommateurs.

En effet, dans un marché libre d'entrave, le taux d'intérêt permet de diffuser l'information sur la quantité de capital disponible pour augmenter la productivité. Comme on fausse le taux d'intérêt, on court-circuite cette précieuse source d'informations en fournissant une mauvaise information quant à la quantité de ce capital disponible. Comme le bas taux indique, comme vu plus haut, que les gens ont une tendeance à l'épargne, le marché comprend que du capital est disponible pour investissement. Malheureusement, une partie de cette épargne ne provient pas réellement de privation, mais bien d'une augmentation de la quantité de monnaie. L'inflation devrait faire monter le taux d'intérêt, comme vu plus haut, alors qu'il descend. Ça accentue le phénomène. Nous observons alors à une consommation du capital plutôt qu'une accumulation i.e. des mauvais investissements. La consommation peut aussi être vue comme du capital qui ne sera pas utilisé au sortir de l'ajustement. Du capital qui n'est pas utile après le rééquilibre du marché qui aurait pu être utilisé plus efficacement ailleurs.

Si l'événement ne se produit qu'une fois, les premiers à profiter de la manne en sortent gagnant et les derniers acteurs du marché en sortent perdants, mais les effets sont ensuite éliminés, car le marché s'est restabilisé. Le résultat est un recul dans la quantité de capital qui aurait pu être disponible en bout de ligne et une diminution du pouvoir d'achat de la monnaie. Les grands gagnants sont ceux qui ont produit la nouvelle monnaie, car ils ont encaissé les profits du réajustement complet du processus de production. Les banquiers en sortent gagnant. Le plus gros problème c'est quand ce processus perdure encore et encore. On passe aux générations suivantes notre consommation immédiate, car c'est dans le futur que la consommation de capital va nuire, car l'accumulation de capital sert à augmenter la productivité du futur. Si on consomme toujours du capital, on arrive ultimement à l'effondrement du système.

L'injection de monnaie, principalement, crée une bulle économique. La croissance semble plus grande qu'elle ne l'est en réalité, car on a l'impression qu'on accumule plus de capital. S'en suit l'inévitable réajustement à la réalité, la récession. On blâme le libre-marché pour les périodes de récession alors qu'en fait elles ne sont que les conséquences du véritable problème, les bulles, causées entres autres par la création de monnaie.

Travail et salaire

Le travail, d'un point de vue de la catallaxie, est un facteur de production comme les autres. Cependant, c'est le facteur de production le plus rare. C'est par le travail qu'on arrive à produire. Sans travail, aucune production n'est possible. Un tracteur de ferme n'est d'aucune utilité si personne ne le conduit. Un train n'est qu'aucune utilité si personne ne peut le charger ni le conduire. Le niveau de production est influencé par la disponibilité du travail. Le choix des investissements en capital est beaucoup influencé par la disponibilité de personne pour opérer ce capital. Bien que nous améliorons toujours notre machinerie, il faut toujours quelqu'un pour assurer son bon fonctionnement.  La combinaison capital/travail utilisé dans la production d'un bien est déterminée par l'utilité marginale des facteurs de production. On va utiliser le facteur travail tant et aussi longtemps qu'il est plus rentable qu'une unité de capital supplémentaire. À l'équilibre, la dernière unité de travail est aussi productive que la dernière unité de capital. Donc, plus on accumule de capital et plus la valeur du travail utilisé augmente, car la productivité de notre capital augmente également. Ce qui fait augmenter le salaire des travailleurs est l'accumulation de toujours plus de capital.

Comme tous les autres facteurs de productions, on observe un prix d'équilibre pour ce facteur qui fait que l'offre rejoint la demande. Dans un marché libre d'entrave, le prix pour une sorte spécifique de travail, de qualité égale, devrait être égale dans l'ensemble du marché. L'offre est déterminée par les travailleurs. Ce sont eux qui, par leurs décisions, déterminent de la quantité du facteur travail disponible dans une industrie. La demande est déterminée par les employeurs qui ont besoin de travail dans leur ligne de production. Le niveau des deux détermine le prix du facteur travail dans un secteur donné. Ce prix oriente la décision des acteurs quant à la production comme pour tout le reste. Ce prix permet l'allocation la plus optimal possible de la capacité de travail comme pour tous prix tel que vu précédemment.

Comme la satisfaction complète des besoins est chose impossible pour l'humain, il y aura toujours quelque chose à faire dans une économie. Ainsi, dans un marché libre d'entrave, le chômage est, sauf pour les personnes totalement inaptes, une chose volontaire du point de vue de la catallaxie. Quelqu'un est au chômage parce qu'il a choisi de l'être. Soit il est entre deux jobs et préfèrent attendre une meilleur offre ou soit il considère le coût du travail (le labeur) supérieur aux bénéfices. Comme le travail est un mal nécessaire dans la satisfaction de besoin, il appert impossible pour quelqu'un de refuser le travail indéfiniment. Même de partir à la chasse est un travail. On s'impose ce labeur pour manger. Donc, le chômage est toujours temporaire. À la limite, on peut considérer les moments de loisir comme du chômage catallactique. On préfère se passer du travail qui pourrait être fait, car on considère son coût trop élevé. Par contre, pour la catallaxie, seul le travail dans la société basé sur la division du travail est important dans l'analyse. Il faut aussi faire la distinction entre chômage catallactique tel que décrit ci-haut et chômage institutionnel causé par des interventions dans l'économie. On y reviendra dans le prochain billet.

Finalement, le marché n'inclut aucune notion de salaire juste. Il n'impose que le salaire d'équilibre. Comme le salaire juste repose sur un jugement de valeur, son évaluation n'est réservée qu'au jugement des individus. Si l'industrie X n'est capable d'embaucher personne à un salaire Y, elle devra, pour augmenter sa production, augmenter sa quantité de capital de R plutôt que de travail. L'augmentation du capital augmente la productivité du travail et l'industrie est maintenant prête à embaucher au prix Y+R, car ce salaire supérieur est, sous les nouvelles données, maintenant productif. Le processus continue jusqu'à ce que l'industrie réussisse à embaucher les travailleurs nécessaires à sa production. Tant et aussi longtemps que l'industrie peut écouler toute sa production, elle continuera son expansion en capital (qui permet de produire plus d'unité). Cette expansion augmente les salaires. Le processus s'arrête quand les décisions des consommateurs font qu'une augmentation de production ne trouverait pas preneur au prix déterminé. On a alors atteint le point d'équilibre du marché pour ce produit et ses facteurs de production.

L'accumulation de capital continue permet de toujours améliorer la condition des travailleurs. Tous les travailleurs peuvent trouver leur place dans la structure de production, car nous trouvons toujours des désirs non satisfaits. Les conditions de vie des gens les plus pauvres de notre société moderne feraient mourir d'envie bien des aristocrates du moyen-âge. Ne pensez qu'au réfrigérateur ou à l'eau courante qui, bien que nous considérons ces choses comme banales, amèneraient beaucoup de bonheur en des temps plus anciens. Si on accepte de donner un jugement de valeur au marché et de déterminer un niveau de salaire sous lequel un individu ne peut vivre, le meilleur moyen d'améliorer sa condition est d'accumuler encore plus de capital. Donc, la société doit, si elle veut améliorer la condition des pauvres, s'assurer de conserver les conditions optimales dans l'accumulation de ce capital i.e. la conservation d'une société basé sur la propriété privée et la division du travail.

La terre

On parle ici de terrains. Rien ne sert de discourir longtemps à cette section. Elle repose sur les mêmes processus d'offre et demande qui sont déterminés par les actions des consommateurs. Le prix des terrains est déterminé selon la combinaison la plus efficace de production servant à répondre aux besoins des consommateurs i.e. tout le monde.

Si on règlemente le prix d'un terrain (comme pour tout facteur de production), le marché ajustera ses opérations pour atteindre le nouvel équilibre de satisfaction des besoins. Par contre, elle est différente de celle d'un marché sans entrave. Elle est donc imparfaite par rapport à la véritable volonté des consommateurs.


Ici se termine la section traitant du marché en tant que tel. La suite: le socialisme et l'interventionnisme la semaine prochaine. Lundi 19 septembre à 18 hrs EDT.